SIÈGE DE TYPE CONFIDENT – Vice Vers Ça

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Le confident est un siège qui a fait son apparition durant la fin de la première moitié du XIXe en France. Deux personnes peuvent s’y asseoir côte à côte en étant face à face et séparées par un dossier commun en forme de « S ». Cette adaptation moderne et inversée porte le nom de Vice Vers Ça ou Prince/Président. Durant le XIXe, il était d’usage courant pour les jeux de charme ainsi que pour les intrigues politiques. Il sera d’ailleurs dit à l’époque :

<< Il est à l’image de celui qu’il reçoit, gras et opulent, toujours à l’affût de confidences et d’intrigues pouvant élargir son champ d’influence.>>1

Tout d’abord, il sera question des fonctions de cette œuvre. Ensuite, des diverses techniques utilisées pour sa fabrication. En troisième lieu seront traité les diverses interprétations et les différents messages véhiculés par ce meuble et finalement ses dimensions esthétiques.

La conception de ce siège assume plusieurs types de fonction. Premièrement, la fonction affective est touchée par le recouvrement de vieux denim usé, il inspire la nostalgie et le confort des vieux pantalons que l’on aime porter. Il correspond aux éléments de la fonction communicationnelle puisqu’il veut transmettre un message, son rôle primaire est d’entrainer les occupants à échanger. Il occupe un rôle décoratif et esthétique ; sa circularité active nous permet d’admirer cette pièce de mobilier. Son témoignage du présent et du passé l’inscrit dans la fonction historique. La fonction ludique est aussi de mise puisque les occupants pourront se détendre ou encore jouer lorsqu’ils s’assoiront grâce aux mouvements que le dossier monté sur ressorts procurera. Puis, ce confident témoigne d’une fonction symbolique car il est porteur de sens, il symbolise les paradoxes de la société d’hier et ceux d’aujourd’hui.

Diverses techniques sont mises en œuvre pour la fabrication de ce siège. Tout d’abord, le cintrage par étuvage de bois massif est indispensable pour plusieurs pièces tel que le dossier en forme de « S » et la partie du dossier inversé qui joue le rôle de piétement. Des volutes, également, en forme de « S » sont sculptées et servent de console entre le bois tourné en torsade à claire-voie qui termine sa course par un piètement animalier en forme de sabot. L’essence de bois utilisée est le chêne rouge, en référence à son usage qui revenait au goût du jour lors de l’apparition du confident durant le style Second Empire. Les bois sont vernis par une laque semi lustre. Les sections des dossiers inversés sont recouvertes de cretonne : un tissu de fil de lin monté sur une toile, dessinant un motif. Ce recouvrement est surmonté d’un bas en résille. Cet assemblage est à son tour recouvert par un denim usé et déchiré. C’est par ces déchirures qu’il est possible de voir les couches sous-jacentes.  Ces couches sont fixées à l’assise par une série de clous ornementaux à tête ronde. Le rembourrage est constitué de coussin mousse et est à vocation esthétique et non utilitaire car les assises réellement utilisées seront de chêne massif. Les ressorts sont de vieux ressorts de suspension automobile reconditionnés qui sont soudés à des plaques d’acier, qui elles sont dissimulées sous le recouvrement qui remonte sur l’assise ainsi qu’à l’intérieur du dossier cintré.

Ce concept de chaise est issu de divers concassages sur la thématique de la marginalité. Cette réflexion me poussa vers tous les paradoxes qui se retrouvent dans les stéréotypes de la marginalité, puis ensuite vers les paradoxes de la société actuelle. Durant les recherches menées sur le style et le contexte de la première apparition de cette pièce de mobilier, j’ai encore été fasciné par les profonds paradoxes de ce monde d’autrefois qu’était la France de la moitié du XIXe. J’ai donc laissé graduellement tomber l’aspect de la marginalité pour me concentrer uniquement sur le thème des paradoxes, un thème qui rime également très bien avec le profil de mon client fictif. Plusieurs de ces paradoxes sont métaphorisés dans cette œuvre.

En premier lieu, il y a le piètement torsadé à claire-voie qui représente les occupants qui flirtent sans jamais pouvoir vraiment se rapprocher, phénomène qui est aussi créé par le dossier sur ressorts. Toujours au niveau du piètement, les formes ovoïdales de la torsade évoquent le sexe féminin qui repose sur le sabot évoquant en quelque sorte le diable et la damnation. Cette image se veut évocatrice des mœurs d’autrefois ou la femme était responsable des péchés de l’homme. La console en volute qui relie le piètement au siège souligne encore ces relations que tout uni et que tout sépare.

Au niveau du recouvrement, la cretonne est choisie parce que c’était le tissu utilisé pour recouvrir le mobilier à cette époque. Il est imprimé avec des motifs de teinte analogique qui évoquent un certain classicisme bourgeois. Le bas résille rouge vif se veut de couleur dissonante et rappelle que cette bourgeoisie à l’allure si puritaine était tout de même teintée de paradoxes.  Ces même gens fréquentaient parfois autant les hauts lieux que les bordels et cabarets de tout genre. Cet assemblage est à son tour recouvert d’un denim représentant l’époque actuelle. Ce denim qui, il n’y a pas encore si longtemps, représentait la classe ouvrière s’est popularisé auprès des autres classes sociales au fil des années. Paradoxalement, il est aujourd’hui vendu usé et déchiré pour des sommes dépassant celles du même pantalon en bonne état.

Finalement, les ressorts expriment le paradoxe entre la rigidité et le mouvement. Il poussera du même coup les occupants aux antipodes dès que l’un d’eux voudra s’adosser. De plus, il exprime et démontre l’étrangeté des relations humaines actuelles où les humains, obnubilés par leurs appareils électroniques ne communiquent plus entre eux directement sans ces nouveaux médiums. Le mouvement provoqué par le dossier partagé obligera les occupants à vivre une expérience unique qui suscitera des réactions et brisera cette frontière invisible qui sépare les individus.

Ce meuble fait environ 1500cm de largeur par 90cm de profondeur pour une hauteur 100cm. Il est un volume autonome dit de type ronde-bosse et comporte dans sa structure des volumes à claire-voie ainsi que de masse. Il alterne les courbes en ellipse, en spirale et sinueuses qui lui procurent une forme stylisée. L’inversement de la structure classique procure un effet dynamique tout en étant symétrique et en ayant un rythme répétitif. L’usage des différents tissus à armure parfois complexe fait un contraste entre les textures rugueuses des textiles et l’aspect lisse du chêne laqué. Les tissus sont de couleurs analogiques à l’exception du bas résille contrastant avec les teintes froides du tissu s’associe avec les teintes chaudes du bois.

En conclusion, cette proposition qui s’éloigne de l’original reste tout de même dans l’esprit des recherches effectuées pour le client. Elle correspond à l’esthétique architecturale choisi ainsi qu’à plusieurs facettes du client. Il y a quelques paradoxes dans sa description et ses goûts, cette conception répond à son envie de l’inusité et du beau non entretenu. Le message porté semble être dans l’esprit de son idéologie et son goût pour le happening.

1- Le Dictionnaire du mobilier, par Marie-Claude Lespérance, Montréal, Canada, Les Éditions Logiques, 1996

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