L’enluminure, cette langue morte.

enluminureIl existait au moyen-âge un lien entre l’image et le pouvoir. L’enlumineur n’avait pas comme simple but d’enjoliver un texte mais aussi de communiquer plusieurs messages par ses images. Il dessinait selon une syntaxe médiévale.

«La composition met en valeur l’idée principale en plaçant au centre de l’image un objet ou un personnage symbolique. Les acteurs principaux sont d’ailleurs non seulement au centre de l’image mais encore au premier plan. Cette situation ne se confond pas avec la place au premier rang et la gradation sociologique ou morale. Par exemple, les nobles âgés sont au premier rang suivi des pauvres et des jeunes.»1

Les situations qui se déroulent en marge de l’image ont également leurs significations. Elles sont interprétés négativement à droite et positivement à gauche. Donc, lorsque que le roi est illustré à gauche et le représentant de l’ordre religieux à droite, cela signifie la dominance hiérarchique de la royauté sur la religion. Plusieurs autres subtilités communiquent des informations. La tête légèrement inclinée signifie la tristesse, la position du corps détermine une intention et les objets que peuvent parfois tenir les personnages déterminent l’action liée à l’intention.

«Il s’agit de la modulation d’un même thème à travers de multiples anecdotes avec deux temps forts qui donnent leurs signification profonde, spirituelle et métaphysique à des événements d’ordre moral. Toutes images sont en effet conçues selon le même principe, celui du retour vers le Père, qui se traduit dans l’image par un mouvement de la droite vers la gauche et du moins bien vers le mieux.»1

L’utilisation du dessin ne traduit pas le texte mais est plutôt une autre histoire sur la même page. Elle délivre un autre message propre à sa syntaxe.

«Mais la grande fidélité de l’enlumineur à la syntaxe médiévale de l’image rend possible la lecture d’une oeuvre qui, au départ, paraît bien insolite. Grâce au contexte spirituel, elle retrouve toute sa cohérence. Le passage de la latinité à la chrétienté par cet imagier original a en effet pour clé la conception chrétienne de la métamorphose.»1

Il est intéressant de constater ce mode d’archivage et de communication grâce au dessin à une époque ou très peu d’individus étaient lettrés. Bien qu’un niveau d’éducation était tout de même requis pour posséder un livre et en comprendre la syntaxe des images.

Il serait d’autant plus intéressant de développer mon propre langage dans la composition de mes œuvres pour qu’une histoire soit racontée par petites bribes dans chacune de mes pièces grâce à une syntaxe  propre à la disposition que quelques éléments figuratifs subtilement intégrés.

1. Images et Pouvoirs au moyen Age, Christiane Raynaud, Le léopard d’or, Paris, 1993

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s