Dans la marge du circuit

220px-Blake_Experience_29«Blake a cherché toute sa vie à soustraire son oeuvre aux aléas des circuits d’édition anonymes qui exploitent le poète, le peintre, et le graveur. Ses poèmes, il les a illustrés et gravés vers à vers sur la même plaque de cuivre, il les a rehaussés d’aquarelle ici, ailleurs de plume ou de crayon, l’Image et le Mot réunis, parfois entrelacés, toujours associés et – ce qui lui est très personnel – quasiment identifiés dans la même technique – la gravure – et dans le même but : exprimer et développer la vision au travers d’une page et d’une oeuvre vivantes.»1

En s’auto-produisant de la sorte Blake fait preuve d’innovation pour son époque. Son exécution saura aussi démontrer qu’il faisait preuve d’inventivité. Il mit au point une technique unissant l’image et le texte tout en lui permettant une certaine indépendance. Dans le but de satisfaire l’artiste et l’artisan en lui, il eu pour intérêt de traiter le texte et l’illustration de la même façon.

 «Sur une plaque de cuivre, Blake traçait avec un vernis résistant à l’acide, les contours de son dessin et au début, ses textes à l’envers, comme en témoigne la calligraphie maladroite de Toutes les Religions sont une ou Il n’y a pas de Religion naturelle. Pour éviter de copier son texte à l’envers, la solution de Blake semble avoir été, par la suite, de l’inscrire au vernis sur une feuille de papier enduite de gomme arabique qu’il posait alors sur la plaque de cuivre préalablement chauffé : l’écriture était transférée par pression sur la plaque, de sorte que le texte et le dessin pouvaient être mordus mêmement par l’acide ; restaient en relief les parties protégées. C’est, en gros l’inverse du procédé habituel à l’eau forte, ou bien l’application de la gravure sur bois à la plaque de cuivre. Travail relativement délicat car l’acide, en mordant profond, tend à saper tous le reliefs : les lignes souvent minces du dessin ou de l’écriture de Blake risquaient de disparaître presqu’entièrement. L’encrage aussi posait quelques problème technique ; mais tous furent, au demeurant, bien résolus par Blake et je ne m’y attarderai pas d’Avantage car l’intérêt du procédé, tout original puisse être, n’est pas de nature uniquement ni même essentiellement artisanale ou technique : il est, à mon avis, dans son fondement esthétique et spirituel.»1

À l’inverse de ses congénères, Corrège, Rubens ou Rembrandt, le contour et la ligne sont d’une importance capitale pour lui. Plus le contour est précis et net, plus l’oeuvre se rapproche de la perfection. Selon lui, la nature ne possède pas de contour, ce concept appartient plutôt à l’imagination. Le sens de son oeuvre est à comprendre dans le lien étroit et les tensions entre le texte et l’image.

Ce besoin d’indépendance et de recherche de son style propre et unique rejoint plusieurs de mes objectifs en tant qu’artisan et artiste. Le mariage entre le verbe et la forme évoque chez moi un besoin d’assembler des mots images dans le but d’en produire un meuble unique et utilitaire.

Comme il pourrait être bon de se bercer sur un soleil de mots et de bois tout en se délectant du miel des poètes par une journée de pluie, café à la main.

1 – Iconotextes, sous la direction de Alain Montandon, texte de Danièle Chauvin, Ophrys, Paris, 1990

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